ven 28 mar 2008

Evolution Revolution Solution

28 03 2008

Dans un peu plus d'un mois, ce sera l'anniversaire des évènements de Mai 68 où le peuple, lassé de tant de récession sociale a crié haut et fort qu'il voulait en finir avec tout celà. Aujourd'hui la situation en France est préocupante (dans le monde aussi d'ailleurs). Les progrès sociaux réalisés au début du XXe siècle n'ont cessés d'être détruits pièce par pièce par les gouvernements successifs. Aujourd'hui le travailleur acculé, doit se contenter de survivre dans une société de moins en moins faite pour lui, mais plutôt destinée à protèger les riches, leur patrimoine et leurs acquis. Partout la misère est présente et bientôt la classe moyenne jusqu'alors en relative sécurité, plongera dans une misère que jamais elle n'avait connu. L'expression est célèbre "Les pauvres s'appauvrissent, et les riches s'enrichissent", je serais tenté de rajouter "et la classe moyenne trinque.

Quand je vois l'immobilisme des victimes, je ne peux que m'indigner. Alors que nous en sommes à un point très grave et que nous devrions nous battre pour faire reculer la Machine, les gens se contentent de rire grassement devant des films familliaux pseudo-comiques, participent à la grand messe du JT national, formidable outil de propagande, et lisent les quotidiens gratuits dont le seul but est de faussement justifier les manigances du gouvernement. Je rappellerai à ceux qui en doutent que la plupart des médias, propriétés de proches de monsieur N.S. servent copieusement le discours de ce dernier. Alors Mai 2008, sera peut être la date à laquelle le peuple français a dit: Nous ne voulons pas de votre politique de riche car elle ne reflète pas la réalité de notre pays. Pour terminer voici une citation d'un journal de mai 68:

Ils sont 300 000 à défiler de la gare de l'est à Denfert-rocherau. La poignée d'enragés c'est cette MULTITUDE. Les excités de Nanterre et de la Sorbonne, si isolés quelques jours plus tôt, on fait des petits et des grosses cohortes de SALARIES émus par la répression policière, ne peuvent s'empêcher de tirer les leçons de la semaine écoulée. L'ACTION a payé. Devant la RESOLUTION des manifestants, le pouvoir, après avoir dit non aux revendications étudiantes, a fini par CEDER.

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04 07 2008
Bilitis :

Nous, les sexagénaires aux 40 printemps..., par Pierre Bergounioux

LE MONDE DES LIVRES | 28.02.08 | 17h10 • Mis à jour le 28.02.08 | 17h10

La lumière a changé. Le printemps, lorsqu'il s'annonce, ravive le goût de ceux d'autrefois. Celui de 2008 tire une saveur douce-amère de ce qu'il marque l'entrée dans la retraite de la génération qui a eu 20 ans en 1968 et se demande, effarée, ce qui s'est passé, dans le pays, depuis quarante années - deux fois le temps qu'elle avait alors duré. La réponse est : rien. Il se peut que les sexagénaires soient aveugles et sourds, par l'effet du temps, à ce qui leur crève les yeux. Tels étaient ceux, fermés, quinteux, sinistres qui nous barraient, voilà quarante ans, le chemin de la liberté, l'accès à nous-mêmes, tout le présent. Les innocents de 1988 nous voient peut-être installés, pleins de morgue et satisfaits, comme l'étaient les vieux universitaires tyranniques et ennuyeux, la droite triomphante, Alain Peyrefitte, le général de Gaulle... Il y a une différence, toutefois. Ils ne nous l'ont pas notifié de vive voix. Ils ont d'autres préoccupations.

Jusqu'à quel point les aspirations de ce printemps étaient chimériques, c'est ce sur quoi l'état présent du monde ne laisse subsister aucune équivoque. Prendre ses désirs pour la réalité, se dire, étudiant, solidaire de la classe ouvrière, français, juif allemand et partisan de la révolution cubaine, du combat des peuples vietnamien, angolais, latino-américains, réfractaire à la recherche du profit pécuniaire comme axiome du vouloir pratique, à la consommation comme style de vie, tout cela a reçu des faits un tel démenti qu'à peine on peut croire, rétrospectivement, que pareilles convictions, volontés, parentés senties, aient été partagées, proclamées sous les chandelles nouvellement allumées des marronniers.

Et pourtant, ce qui se donne pour la réalité n'est rien d'autre que ce contre quoi 1968 s'insurgeait, l'injustice, l'absence de projet collectif exaltant ("La France s'ennuie"), les pesantes entraves à la passion française par excellence qui est, selon Tocqueville, l'égalité. Ce n'est pas impunément qu'on revient en arrière ou qu'on s'immobilise. La démoralisation, l'abaissement et l'altération du facteur subjectif, l'envie de crier ou de pleurer qu'on se surprend, dix fois par jour, à réprimer, dans la rue, au travail, dans le métro ou les travées de la grande surface, au stade, en lisant le journal ou devant la télévision, n'ont pas d'autre explication.

Nous valons plus et mieux que le spectacle sans éclat ni grandeur que nous nous donnons à nous-mêmes. Nous avons pensé autrement, voulu autre chose. La preuve, ce sont les voix dénigrantes qui voudraient clore ce chapitre de notre aventure où résonnèrent, prodigieusement, ces thèmes majeurs, la justice sociale, les lumières, le souci de l'universel. Il n'est pas surprenant qu'un ministre, qui était au berceau, en Mai, n'y voie que désordre et irresponsabilité. Il l'est un peu plus qu'une dame, dans ces mêmes colonnes (1), se dise et se veuille oublieuse des philosophes français des années 1960, et au premier chef de Pierre Bourdieu, le magnifique, quand la philosophie n'est que l'expression, hautement élaborée, d'aspirations collectives et que ses avancées, voilà une quarantaine d'années, furent celles d'une réflexion libérée, par effort, intelligence, courage, des évidences opaques d'une société patriarcale vieillie, somnolente mais paisiblement injuste, férocement colonialiste, dont la philosophie d'institution admettait sans discussion les prémisses.

Le poète Jean-Paul Michel, qui marchait dans les rangs des enragés, la bouche au porte-voix, et ne se voyait pas survivre à l'été, rappelle qu'à la gaîté de ces jours s'ajoutait leur "insolente et rafraîchissante beauté". Il n'est écrit nulle part que la vie que nous avons prise à bail sera si peu que ce soit suffoquée de joie, belle, un instant, au-delà de tout. Mais lorsqu'on a fait pareille expérience, il est difficile de s'accommoder du renoncement qui se donne pour du réalisme et d'accorder aucun crédit à la réalité.

Dépolitisés, atomisés, acquis à la valeur monétaire - négation de toutes les valeurs -, au sport, à l'individualisme, à la culture d'experts... C'est ce que nous avons eu de meilleur que nous sommes en passe de perdre : nos âmes citoyennes, la générosité dont notre histoire n'est pas tout à fait exempte, l'identité très particulière que nous tenons de l'aptitude à abdiquer, parfois, notre particularité pour nous vouloir simplement hommes, libres, égaux et rien d'autre et, dans cette simplicité joyeusement consentie, nous tourner vers l'humanité.

Chaque printemps est une fête et, comme pour toutes les fêtes, c'est la veille son meilleur moment. Tout est noir et nu mais on a surpris, en passant, les premiers chatons, jaune d'or, d'un saule mâle dans un bois défeuillé, un reflet de lumière neuve aux vieux murs, l'éclatante fioriture du merle dans le crépuscule qui tarde à tomber. Et comme rien ne peut faire que ce qui a été ne se soit pas produit, on se surprend, quand on est sexagénaire du moins, à chercher d'autres signes. On ne peut croire que ceux qui vont et passent, avec le souci du matin, la fatigue du soir, les phrases nulles, irritantes qu'ils disent dans leur portable, soient tombés tout à fait dans l'oubli d'eux-mêmes, du passé, de leur propre possibilité. Et c'est ainsi, pourtant, que quarante printemps se sont succédé.

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